“La mémoire ne s'arrête jamais. Elle apparie les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, le rêve à l'histoire” (1). La mémoire ne hiérarchise pas, elle absorbe, trie et restitue sans la moindre règle objective ou rationnelle. Par milliers les images s’empilent, se superposent et cohabitent échappant à toute logique, sorte d’immense canevas sans début ni fin. Les photos de cette série, à la manière de nos souvenirs, n’obéissent à aucune cohérence artistique, thématique, temporelle ou géographique. Elles cohabitent et s'entremêlent par le biais d’un mystérieux mécanisme. Elles n’ont pas toujours de grandes qualités artistiques, pourtant quelque chose d’insaisissable opère et me pousse à ne pas m’en séparer, à les conserver, comme ces images qui s’entêtent à persister dans nos esprits, à s’imposer en imprégnant nos mémoires, parfois sans motifs flagrant. Verba volant, scripta manent, dit la locution latine. Les paroles s’envolent, les écrits restent. Les images aussi. Pas toutes, pas n’importe lesquelles, mais celles-ci, oui. Pour des raisons que j’ignore encore.
(1) Annie Ernaux - Les Années