face nord

Il y a des paysages qui vous accueillent et vous ouvrent les bras. D’autres sont plus hostiles : ils se méritent, parfois se conquièrent. De la Bretagne à la Belgique, de la baie de Somme à la Suède, ce sont les mêmes ciels bas, la même eau couleur étain, le même vent glacial qui vous transperce les os en plein coeur de l'été. Ici la lumière ne caresse pas, elle tranche, la mer ne s’offre pas, elle s'apprivoise, parfois si froide que cela ressemble à du dédain. Avec ses parfums de sieste et ses odeurs de figue, le Sud séduit, charme et attire. Ici, rien ni personne ne vous retient. On n’est pas là pour plaire. Alors il en faut du temps, des années, pour apprendre à les aimer ces côtes âpres et rugueuses, ces déluges de juillet, ces plages de galets tristes comme un jour sans pain, ces fêtes foraines qui sentent le churros et l'ennui, ces touristes en méduses et k-way, et ces villes de province à jamais hors saison. Alors il en faut du temps, pour apprendre à saisir la pureté et la force de ces éléments, comprendre que cette apparente hostilité n’est au fond qu’une demande d’amour. Alors puisqu’il en faut du temps, on revient, on insiste. Un jour, sans qu'on sache vraiment pourquoi, on commence à l’aimer, cette nature rude, grise et sans concession, et à s’y sentir chez soi. Comme si on en avait appris la langue. En alpinisme, la face nord est le versant que le soleil oublie, celui où la glace persiste, celui qui exige courage et rigueur. C’est l’itinéraire authentique et intransigeant, dont l’austérité finit par faire la noblesse.

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