beautiful ugliness

« La laideur a ceci de supérieur à la beauté qu'elle ne disparaît pas avec le temps. »

Serge Gainsbourg

Institutions, marques de luxe, magazines, ou esthètes autoproclamés, le bon goût a toujours eu ses gardiens, prompts à trancher au nom de tous et désigner ce qui mérite, ou non, d'être regardé. Un tribunal silencieux qui condamne sans procès, imposant un verdict qui rassemble autant qu'il exclut, car là où les arbitres du goût ne voient que médiocrité, vétusté, ou laideur, il arrive que le beau surgisse. Et dans sa brutalité, sa rugosité, son refus de plaire, cette esthétique du laid devient parfois saisissante. Des caisses empilées, une chaise abandonnée, une façade décrépie, une enseigne arrachée, il y a dans ces objets oubliés, dans ces enchevêtrements de taule, de plastique ou de tissu, quelque chose d’émouvant, comme une organisation secrète de matières et de couleurs qui obéirait à d'autres codes, une harmonie dissonante indigne de notre regard, imperceptible à l’oeil nu, quelque chose qui résiste, qui persiste, qui raconte une histoire que personne n'a vraiment pris le soin d'écouter. Pourtant, si la beauté peut être muette, la laideur, elle, a toujours quelque chose à dire.

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